report de retour de mission
Témoignages

Un report de retour de mission

Les retours de mission après tant de semaines passées seule à diriger la barque… Les retrouvailles tant attendues sont de beaux moments qui font oublier les épreuves surmontées. Mais pour connaître cela, encore faut il que la dite date de retour arrive ! Comme si nous n’avions pas versé assez de larmes, la malchance ne nous lâche quelques fois pas. Un report de retour de mission, c’est tellement vécu comme une injustice de plus.

Voici une article écrit par une femme dont le mari est parti pour 2 mois, euh 4 mois, enfin non 5 mois…Normalement…

«Quand le cerisier sera en fleurs, il rentrera»

Cette phrase que je me suis répétée en boucle, j’ai guetté chaque bourgeon…

« Quand le cerisier sera en fleurs, il rentrera. »

Et puis cette phrase « Chérie, j’ai une mauvaise nouvelle, ça ne va pas te plaire… » 2 mois… 2 mois de plus…Un report de retour de mission…

Pendant 2 semaines, les journées étaient rythmées par mes larmes, par la déception, l’épuisement, encore des larmes.. Une démobilisation complète, l’impression que jamais on ne réussira à tenir encore tout ce temps. Tout ce qu’on avait prévu pour les retrouvailles, tout tombe à l’eau. J’ai cru devenir folle, complètement dépressive à passer mes journées avec ces larmes dans la gorge ou le reste du temps à pleurer, la colère bouillonnait en moi Au point que j’ai décidé d’aller voir un médecin qui m’a dit ce que j’avais besoin qu’on me dise « tu as le droit d’être triste, tu n’es pas dépressive, juste triste. C’est comme dire à une personne qui a perdu un proche qu’il est dépressif, c’est absurde. »

J’ai le droit d’être triste

Et alors j’ai réalisé qu’effectivement, j’avais le droit d’être triste. De plus en plus, les réseaux sociaux nous reflètent cette fausse réalité de celles qui gèrent tout mieux que nous, avec le sourire et une maison impeccable. Et puis sans cesse, je me répétais (et on me répétait) de façon très cartésienne : il n’est pas mort, ce n’est qu’une question de temps, il va bien et il reviendra.(et on me répétait) Mais c’est sûr, on trouvera toujours une situation plus difficile que la nôtre. Mais un report de retour de mission, pourquoi devrais je subir cela.

Avec le recul, j’ai remarqué que j’étais passé par quelques étapes de l’annonce d’une mauvaise nouvelle : l’abattement, on revit les deux premières semaines après le départ, mais avec la fatigue des mois seule à tout gérer ,déjà accumulée. La tristesse, la déception qui sont légitimes même s’il est difficile de se l’autoriser, mais on a le droit ! Puis la colère, oh ça, tout le monde y est passé, j’ai haïs l’armée tous ceux qui ne nous considèrent que comme des pions, j’ai haïs le monde entier enfait. Puis finalement, l’acceptation, la remobilisation. On se fixe de nouveaux objectifs, on relève ses manches et on y retourne, parce qu’on n’a pas le choix, parce que c’est notre devoir d’Etat que les enfants ont besoin de nous.

Un deuxième report de retour de mission

Alors on reprend les rennes, mais il faut bien quelques jours pour ça.
Et puis de nouveau, à quelques jours du retour.. de nouveau.. le coup de couteau dans le dos qui reporte une deuxième fois le retour. Cette fois-ci, c’était plus explosif, mais plus rapide aussi. Parce que cette fois ci, je me suis autorisée à être triste, déçue, et me dire que j’avais le droit et que c’était un cap à passer et non un état définitif. Je me suis remobilisée plus vite, mais avec aussi encore beaucoup de colère et d’incompréhension.
Alors voilà, aujourd’hui, la mission de deux mois qui finalement durera au moins 5 mois, peut-être plus.. Mon cœur de femme a mal, vraiment mal. Mon cœur de Maman aussi, car même si mes enfants sont petits et n’ont pas vraiment de notion de temps, ils souffrent chacun à leur manière, de l’absence si longue de leur Papa… 5 mois sur une petite vie de 17 mois.. c’est tellement énorme !
Pour finir, sans doute qu’avec le recul, je me dirai que j’avais vraiment des forces en moi insoupçonnées, jamais je n’aurai cru un jour pouvoir surmonter toutes ces épreuves, seule (oui parce que la LEM, ce n’est pas une légende hein !?). Mais maintenant je me dis..

« Quand les cerises seront là, il sera de retour »

 

A-C M.

photo du fameux cerisier

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