solidarité conjointes militaires
Témoignages

La solidarité entre conjointes de militaires

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Le sujet de la cohésion entre conjointes de militaire a été abordé, il y a quelques temps sur le blog, par Emeline.

Je vous remets le lien ici

Cependant nos histoires de vie sont toutes bien différentes et chaque sujet peut-être revisité ! Je remercie Cécile, journaliste Saumuroise, de nous avoir prêté sa plume.

 

Lorsque la rédaction des Aiglonnes m’a proposé d’écrire un article sur l’amitié et la solidarité entre épouses ou conjointes de militaires, il m’a semblé que ce sujet pouvait être perçu comme étant léger, peut-être un peu futile ? Que dire de plus des petits cafés lorsque les têtes blondes sont à l’école ,des escapades shopping ou des soirées cinéma lorsque les militaires sont absents ?

Qu’est ce que la voûte d’acier ?

Il y a pourtant beaucoup à dire de ce milieu professionnel si spécifique…Déjà la solidarité s’exerce au jour du mariage lorsque la voûte d’acier formée par les frères d’armes vient promettre à la jeune épouse que chacun des membres qui la forme viendra la soutenir si elle venait à perdre son mari. Un engagement bien unique dans les corporations professionnelles.

Il est pourtant vrai que ce « milieu mili » interroge voire déconcerte ceux , qui dans les villes garnison ne font pas partie du sérail : « quel milieu fermé ! Ils vivent entre eux ». Que n’ai-je entendu tout au long de ces années au fil de nos mutations.

Il me revient à la mémoire une anecdote bien anodine mais qui se révèlera parlante pour la suite de ma réflexion.

Un peu d’histoire

J’étais alors jeune épouse de capitaine en garnison dans une petite ville alsacienne et me promenais accompagnée de ma mère venue me seconder pour une naissance imminente. Nous rencontrons alors Marie-Laure dont l’époux lieutenant faisait partie du même régiment. Joie du papotage improvisé, promesse d’une visite à la maternité et bise de conclusion.

Ma chère mère ,sitôt la rencontre achevée se montre amusée et stupéfaite : quelle familiarité ! A mon époque ni tutoiement ni embrassades entre les épouses du régiment !

L’époque à laquelle il est fait allusion fait référence aux prémices des événements d’Algérie (1954-1962), une guerre qui changera le regard de la hiérarchie sur le besoin de soutien et de solidarité envers les familles.

Ainsi, l’année 1959 sera celle de l’émergence des clubs de La Défense créés aussi pour tisser des liens entre ces femmes désemparées par un quotidien assumé seules .Conviées à se retrouver autour d’une activité agréable, l’engouement est immédiat car comme le disait récemment une amie : « Là où il y a danger, il y a solidarité ».

Au fil du temps, les amitiés nouées au sein des promos, des régiments, sur « le terrain » ont grandement facilité l’accueil et l’intégration des familles dans les nouvelles affectations. Combien de petits coups de fil passés pour signaler l’arrivée de la marraine de son petit dernier avec sa petite tribu. Une marraine choisie pour des valeurs religieuses communes certes mais aussi pour marquer davantage cette complicité, la faire entrer dans sa famille, elle qui comprend comme personne les affres de la vie militaire !

La base arrière est solide

Il n’y a rien à idéaliser mais à l’heure où les femmes travaillent ou notre quotidien tendrait à se normaliser, il ne faudrait pas perdre cette particularité si réconfortante et enviée du monde civil : compter les unes sur les autres et rassurer les soldats en mission qui savent ainsi que «les arrières tiennent ».

Lorsque quelques jours après ma rencontre dans les rues d’Altkirch le deuil est venu frapper à ma porte , c’est toute une garnison qui s’est émue de notre chagrin, qui s’est mobilisée silencieusement, délicatement. Marie-Laure m’a ouvert sa porte pour veiller sur moi quand mon époux était absent , Claire a préparé des repas ,Michelle a déposé un joli livre pour occuper mes nuits sans sommeil. Une chaîne de solidarité pour autant de mots affectueux. Visages du passé mais aussi du présent, des jours heureux et des jours sombres.

Dans ce monde hédoniste, les valeurs militaires se fondent sur cet esprit de soutien, de service pour former ce que mon père nommait idéalement « une grande Famille »

Notre grande Famille.

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