absences femme militaire
Témoignages

Une femme de militaire se confie sur l’absence

Il faut vivre l’absence pour la comprendre

A l’écriture de ce texte, j’ai voulu compter pour la première fois…

Huit années de vie commune, un pacs, un mariage, des déménagements, mon burn-out, une grossesse, un enfant, son burn-out …et en parallèle 3 ans d’absence au total. Entre opex et exercices au sein de l’armée de l’air…ah oui quand même !!

Certes, reparti dans le temps, c’est moins brutal… mais le plus dur c’est la répétition pendant toutes ces années. Osons le dire, cette vie n’est pas standard et il faut la vivre pour la comprendre. On se sent alors plus proche des femmes de militaire dans ces moments d’absence.

Les absences apprennent-elles à aimer différemment ? Un amour plus fort, plus sincère qui nous montre ce qu’est « aimer dans le détachement » …Ne se rapproche-t-on pas alors d’un amour inconditionnel ?

Pour accepter cette vie si particulière, il n’y a que cet amour et le respect de son engagement qui nous donne la force de continuer, vous ne croyez pas ?

Il nous faut faire beaucoup de sacrifices. On dit le faire naturellement, mais il y a un moment où il faut aussi penser à soi pour tenir dans le temps. Nous n’avons pas fait acte de dévotion, n’est-ce-pas ?

Plus jeune, on n’imagine pas forcément  connaître un jour cette vie si particulière. On aurait pu d’ailleurs toutes tenir ce discours que l’on déteste aujourd’hui: « je ne sais pas comment tu fais pour vivre cette vie !! ».

Dès le départ, je suis prête à prendre des risques

Et puis un jour on le rencontre, celui avec qui on veut tout construire. Bien évidemment, il vous met en garde dès le début sur cette relation « si tu me prends c’est avec l’armée, il faut que tu sois consciente dans quoi tu t’engages, il y a beaucoup d’absences, des risques, de sacrifices… ».

Amoureux dès les premières semaines, il met les points sur les « i ». Pas grave, je suis prête à prendre le risque, de toute manière il va bien falloir s’adapter. Un mois après notre rencontre, il part pour deux mois et demi. C’est le début des absences.

Nous nous sommes mis en couple jeunes. Alors, Je s’adapte, je suis soutenue par les copines militaires que j’ai rencontré après l’avoir rejoint. Je me mets à fond dans le boulot (moyen de se réfugier dans quelque chose pour oublier). Et puis je sort, je voyage. Bref je réussi à faire passer le temps. « Ça va je gère plutôt bien en fait », me dis-je régulièrement.

Avec le temps, les fameux sacrifices pointes à l’horizon

Et puis avec le temps, notre conjoint devient alors notre mari. Le mariage renforce les liens et la place qu’il prend dans notre vie. Une autre étape de femme de militaire. On a grandi et on parle de projets…pour nous, pour l’un et pour l’autre. Et les chosent se compliquent comme vous le savez bien. Certains sacrifices font surfaces.

On prend conscience de plus de choses, on est moins insouciant, on aurait besoin que l’autre soit là pour affronter certaines étapes importantes de notre vie : noëls, anniversaires, accidents, décès, convalescences, maladies … mais on ne peut rien prévoir, ces moments bizarrement je les affronte seule pour la plupart, je me demande parfois si l’armée ne fait pas exprès.

Avec l’arrivée de notre premier enfant, le mot absence prend tout son sens, une dimension bien plus profonde. Et là tout est différent, tout change, on comprend mieux pourquoi on parle de sacrifices. Je me rends compte que cela nous touche tous les deux.

Pour lui, remise en question par rapport à sa place et son rôle de père… de même pour moi, je commence à m’interroger sur cette façon de vivre. J’ai envie de penser à nous, mais aussi à moi, à ma reconversion professionnelle et à mes envies. Mon désir fort d’équilibre entre homme/femme et père/mère revient au grand galop. On n’aurait jamais pensé que tout cela puisse arriver si vite.

Tu connaissais les risques de cette vie, tu l’as accepté

J’ose lui en parler avec la peur d’affronter la fameuse phrase « tu connaissais les risques de cette vie, tu l’as accepté ». Mon mari est compréhensif et me fait même part de ses doutes. Il m’avoue alors enfin ses faiblesses. Lui non plus n’arrive pas à affronter ce rythme de vie effréné qui l’affaiblit d’année en année. Le burn-out de son côté pointe son nez, des moments difficiles à affronter ensemble. Il décide de raccrocher avec l’opérationnel et demande une mutation en école …

Certains arrivent à trouver leur équilibre pendant de longues années d’absences. D’autres connaissent des faiblesses. Il faut réussir à tirer la sonnette d’alarme quand notre rythme de vie peut ne plus être aligné avec nos valeurs. Nos priorités ont évolué avec le temps. Rien n’est acquis dans la vie, on ne peut pas toujours rester dans le cadre accepté au départ.

On est forte, ça oui tout le monde nous le répète. Notre situation est vite banalisée : « ça y est ? il est parti ? ça va aller c’est vite passé et puis tu as l’habitude non ? ». Comme si après deux missions on était rodé… Et souvent on acquiesce à ce type de réflexion pour éviter « en même temps tu le savais en t’engageant ». Alors qu’on a juste besoin d’un peu d’écoute, de compassion, que l’on comprenne que certaines absences sont plus dures que d’autres …que l’on comprenne que l’on est fatigué et qu’on a besoin d’une main tendue. Mais on garde la tête haute en disant « ça va aller, je sais gérer maintenant ».

Alors, il a fallu m’adapter !

Chaque absence est différente. On ne choisit pas la date du départ, il faut s’adapter. Jusqu’à l’arrivée de ma fille, je n’ai jamais trop osé dire que ça n’allait pas. Je m’étais engagé avec lui et l’armée, je devais tenir mes promesses. Faux !! on a le droit d’être vulnérable. Ce n’est pas aider nos conjoints que de leur cacher cela. On a le droit de dire que c’est dur à certains moments. Etre une wonder woman tous les jours n’est pas possible. Il y a un moment ou l’on craque…Ce la peut prendre différentes formes plus ou moins définitives. Un burn-out, une maladie, une crise existentielle, une séparation…J’ai arrêté quand j’ai compris que je ne nous rendais pas service.

J’ai appris à être plus vraie et transparente avec mon militaire. Je me confie sur ce que je ressens avant, pendant et après les absences. Les semaines avant le départ et le premier mois sont souvent compliqués pour moi,  puis les choses s’inversent. Le temps est long, il se sent loin de la famille alors qu’en France, on a notre nouveau rythme, nos nouvelles habitudes de mères célibataires en quelque sorte.

A distance, les échanges téléphoniques peuvent vite tournés à la routine…. Communiquer et garder la complicité malgré la distance est primordial. Partager ses ressentis, ses émotions … apprendre à être vulnérable ENSEMBLE. Rester sa confidente, sa femme, la mère de son enfant… n’oublier aucun de ces rôles.

La communication est la clef de l’équilibre du couple

Faire le choix ensemble d’être au courant de ce qu’il se passe sur le terrain, ou ne rien vouloir savoir ? A chacun son fonctionnement. Pour ma part, depuis le début je souhaite la transparence totale. Je veux connaître les risques, les rythmes des missions, les difficultés rencontrées… Il a besoin de soutien et d’échanger sur son quotidien, qu’il soit avouable ou inavouable. Et j’ai besoin de savoir. Nous avons une règle par exemple. Me prévenir quand il décolle et quand il atterri, au départ on s’inquiète, puis cela devient une habitude comme un rituel pour plus de sérénité.

N’ayons pas peur de remettre en question certaines choses quand cela devient trop pesant. Il y a des solutions à tout. Aujourd’hui, les besoins des familles sont différents, on prône de plus en plus l’équilibre familiale. Malheureusement la vie de militaire s’en éloigne beaucoup. Il faut à tous prix essayer de ne pas s’oublier et savoir poser des limites. L’engagement avec un militaire ne devrait pas être une vie de sacrifices. Il est important, à mon sens, de tendre vers un meilleur équilibre.

Perrine A.

2 Comments

  • Floriane

    Bonjour,

    Je suis la conjointe d’un militaire depuis peu. Cela fait 8 mois que nous sommes ensemble mais on se connaît depuis plus d’un an et demi et pour moi et lui c’est une évidence. Il dit que c’est la première fois qu’il trouve qqn qui accepte entièrement son travail malgré les difficultés car c’est un grand passionné. À la fin du mois, je vais vivre notre première OPEX. Étant réserviste dans l’armée de terre j’ai eu la chance de partir à Djibouti, je vois un peu ce que c’est… mais je stresse… je m’inquiète et j’ai peur que cela change qqch même si au fond de moi je sais qu’il n’y a pas de raisons et qu’il me le répète aussi. Je fais toute pour que son départ se passe bien mais les inquiétudes et insécurités restent présentes au fond…

    • Les Aiglonnes

      Vous avez raison d’en parler ! surtout si ça semble une évidence pour lui. Il faut confier ses doutes, ses peurs, pour tenter d’être le plus en phase possible, avant un départ. Il n’y a pas de solution miracle, simplement de communiquer, avant, pendant et après ! que rien ne reste enfoui. C’est important que chacun sache “ce qu’il y a dans la tête de l’autre” comme j’aime le dire. Pour éviter qu’un fosset se crée. Bon courage ! Anne

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