burn out femme militaire
Témoignages

Burn out chez la femme de militaire : ces blessures invisibles

Nos hommes ont reçu une préparation physique et mentale pour endurer les épreuves qui incombent à leur métier.

Il est assez courant d’entendre qu’être femme de militaire, c’est également épouser leur métier, presque un métier à part entière.

Mais quelle préparation avons nous reçue, quelle aide recevons nous ?

Les “Tu le savais” et autres réponses d’autrui à nos signaux de détresse, ne nous permettrons pas de sortir la tête de l’eau. Alors que faire, en temps que femme de militaire, pour anticiper un burn out et pour remonter une pente.

 

Les blessures invisibles

 

Les blessures invisibles, je parle bien de celles que nul ne peut voir. Celles que l’on oublie nous-même, mais qui sont pourtant là, bien ancrées. Celles qui remplissent notre vase de l’inconscient pour un jour le faire déborder.

J’ai eu l’occasion de m’entretenir avec un psychologue de la base aérienne de Ochey près de Nancy. C’était lors d’un travail sur le Stress Post Traumatique. Je le nommerai SPT à partir de maintenant. En France, c’est en 1915 que l’on pose le diagnostique du SPT. En pleine 1 ère Guerre Mondiale, le Service de Santé des Armées met en place des services neuro-psychiatrique. Cette maladie peut être parfois silencieuse, parfois un vrai handicap pour le militaire et sa famille.

 

Le Stress Post Traumatique

 

Je vais tenter de vous donner une définition complète mais simple du SPT, en regroupant l’ensemble de mes recherches. Ce syndrome va induire chez le patient une réaction anormale quant à un stimuli extérieur. La vision d’une personne, d’un objet, le fait de sentir une odeur, d’entendre un son va alors entrainer chez cette personne une crise d’angoisse intense. C’est comme si un cortège de sensations ou d’images venaient submerger le cerveau de la personne atteinte. Il va en découler tous un tas de symptômes qui sont aussi nombreux que les patients atteints.

J’ai pu en observer quelques un chez les pilotes revenant de mission lors de mon travail de recherche sur la base 133.
Il y a en premier la manifestation physique de l’angoisse, tachycardie, sueur, larmes…Tous ce qui est caractéristique d’une grande peur. Le repli sur soi et l’éloignement affectif sont aussi des symptômes fréquemment rencontrés. Les idées négatives, le sentiment de culpabilité, de honte…
Au long terme, s’il n’est pas pris en charge, le SPT peut s’installer et devenir une pathologie chronique. Ce qui apporte un lourd préjudice au militaire, à son équipe, à sa famille…

 

La routine qui rasure

 

A ce stade de lecture, vous vous demandez surement où je veux en venir. Quel est le lien avec nous, les Aiglonnes. Bien évidement ce qui touche nos militaires fait partie intégrante de notre vie… leurs épreuves sont les nôtres.
Dans la vie, nous essayons tous d’avoir une petite routine, celle qui rassure, qui permet de ne pas finir la journée sur les rotules.

Il n’y a pas de honte à ça !

Au contraire, la routine peut permettre de prendre le temps de s’arrêter. De réfléchir, de regarder autour de soi. Son conjoint, son enfant, une amie, une voisine…Je parle de la routine qui donne de l’avance, qui structure nos journées. Celle qui rassure.

Pendant le confinement, des personnes se sont révélées, découvertes. Il a pu permettre de se rapprocher, de se confier, ou alors de creuser le gouffre entre nous et le reste du monde.

 

La charge mentale

 

Dans un article précèdent on parlait de la charge mentale. Cette charge qui nous incombe, que nous pouvons décharger en partie, mais qui fait partie de chacun. D’ailleurs ce n’est pas une charge propre à la femme.

Depuis une 15 aine d’années, la “cellule Famille” soutient ceux restés chez eux, tandis que leur proches partent durant de longs mois. C’est réellement qu’il y a un besoin de soutenir, de préparer, d’aider ceux restés en arrières. Je me souviens parfaitement de 2 femmes qui me sont proches, évoquer avec tristesse, les propos d’amis lors d’une mission de longue durée de leur conjoint. Combien de fois avons nous entendu lors d’une mission ” Comment va t’il ?” , “ça doit être dur pour lui !”. Qui n’a d’ailleurs pas organisé une fête de retour pour le retour du héros.

Qu’en est-il de nous ? Nous la femme de militaire restée qui a frôlé le burn out.

 

On oublie vite

 

Après s’être donnée corps et âme pendant de longues semaines. Après avoir réussi à maintenir le cap, seule, au lieu d’être à deux comme d’habitude. La pression retombe, le quotidien redevient plus simple, moins fatigant. Et la magie fait que l’on oublie… La joie des retrouvailles lisse les plis que sont les épreuves rencontrées. On oublie oui ! Mais notre mémoire non. La complexité du système cérébral fait que toutes ces émotions, la tristesse, la colère, toutes les larmes versées, le stress ressenti, la douleur, restent.

Tout cela est bien tranquillement enfoui dans un petit coin de notre mémoire. Le SPT est une pathologie de la mémoire.

Qui n’a jamais ressenti un stress disproportionné lors d’un départ de seulement quelques jours ?

Qui a  déjà eu l’impression de perdre pied à l’annonce d’un déménagement?

N’avez-vous jamais à un moment ou un autre fait une sorte de décompensation, un ras le bol, ou ressenti un sentiment de déprime ?

 

Le burn out chez la femme de militaire

 

Pour avoir rencontré de nombreuses femmes tout au long des mutations et bien sur grâce à mon histoire personnelle, je suis en droit de soumettre l’idée que le SPT n’est pas réservé à celui qui part.

L’ensemble des émotions que l’on ressent tout au long de notre vie de femme de militaire va nous modeler. Nous rendre plus forte du fait de l’expérience acquise, mais va également nous abimer.

Tout comme nos conjoints, nous sommes soumises à rudes épreuves d’ailleurs. Sauf que quand ils partent nous devons continuer à vivre, quand ils reviennent, nous sommes tellement heureuses que nous oublions ! Et pour le mieux! Je ne suis pas entrain de dire qu’il vaudrait mieux ne pas oublier, sans ça notre espérance de vie en couple serait considérablement réduite. Mais nous devons prendre conscience que nous avons souffert, dans notre tête et notre corps et ça il faut le prendre en compte pour ne pas oublier.

 

Ne pas oublier pour guérir

 

La peur, le stress, l’attente, l’incertitude, l’abandon, la solitude, l’incompréhension, la tristesse, la lassitude, l’indifférence…

 

Ressentir tout cela pendant plusieurs semaines et en même temps devoir continuer à travailler, s’occuper d’enfants, gérer un déménagement, une naissance, un retour de mission reporté une Xème fois, des problèmes familiaux, un décès, relève de l’exploit. Un exploit qui n’attend aucune médaille, aucune citation.

Je me souviens d’avoir lu un poème il y a plusieurs années qui m’avait particulièrement touchée. Je me rappelle de ce passage :

 

“Femme de militaire que l’on ne voit pas.

Ton cœur comme  fusil et l’amour comme uniforme.

Ni grade, ni mission officielle, tu fais partie intégrante l’armée. 

Pas d’entrainement, tu improvises au quotidien dans l’attente et l’inquiètude.

Tu es celle qui joue sa vie en première ligne.”

 

Nous sommes sans aucun doute des soldats du quotidien. Des soldats ont besoin d’attention particulière du à notre métier qui peut exposer au Burn out. Nous devons prendre soin de nous !

 

Quand aller mal devient un luxe

 

Le risque, au long terme est d’accumuler tout cela avec notre bagage émotionnel de vie. Sauf qu’un jour, sans prévenir, tout explose. A force de ne pas réparer ce qui a été abimé au fil des années, les dommages sont énormes.

Mais encore faut-il s’autoriser à aller bien.

Quand le droit d’aller mal est devenu un luxe. Quand on ne s’autorise pas à aller mal, quand l’entourage ne nous laisse pas aller mal. C’est évident qu’un jour, on s’écroule.
Si comme le Stress Post Traumatique, le burn out chez la femme de militaire était reconnue, nous serions nombreuses à nous autoriser à flancher, à nous écrouler de temps en temps.

 

 ” S’autoriser à aller mal, c’est le premier pas pour aller mieux”

 

Alors, à l’échelle individuelle, prenons le temps de regarder autour de nous.

Il est fort probable qu’une amie, une connaissance, une femme… n’attende qu’un regard compatissant, un “comment vas-tu” bienveillant pour s’autoriser quelques larmes…

4 Comments

  • Lulu

    Bonjour,
    Merci pour ce texte magnifique et bien écrit. Il résonne cependant en demi-teinte car, si je me suis retrouvée dans certains points, j’y ai surtout trouvé une description du tableau de la maison…quand je suis en OPEX. En effet, bien que nous soyons peu nombreuses (10% lissé sur tous les services/directions/armes/…) ce n’est pas moi qui suis en base arrière…c’est mon mari qui tient et assume la ligne de soutien quand je suis en 1ère ligne.
    Nous sommes tous deux dans l’institution et tenont à tour de rôle (dans un cycle quadriennal) la base arrière. Nous sommes donc tous deux exposés au SPT…et c’est ce que nous sommes en train de vivre…mais je ne suis pas la patiente…
    Alors…même si vous êtes des aiglonnes du tonnerre, n’oubliez pas que même nos pélicans…

    Merci pour tout

    • Doudette

      Bonjour,

      Merci pour ce bel article dédié aux conjoints de militaires. Car oui les aiglonnes sont une majorités mais comme l’a dit LULU plus haut des pélicans assurent aussi ce rôle.
      Je suis en plein dans cette période de gestion permanente et le covid n’a pas aidé à nous faciliter les choses. 2 enfants de 4ans et demi au départ de papa et 5ans maintenant car anniversaire sans papa et bientôt 7 ans pour notre aînée qui devait les fêter avec papa et on vient d’apprendre que la relève a été annulée pour raison familiale. Il devait rentrer vers le 8/06 après protocole covid. Et bien ce sera plus vers le 8/07… donc nos 3 anniversaires de 2020 auront été avec papa à distance. Et moi oui je suis fatiguée de tout gérer et là reprise de l’école angoisse parents et enfants donc Pfiou mission 2020 on s’en souviendra. Mais on « oubliera » quand même des choses mais pas tout c’est promis 😉
      Belle continuation à tous et merci encore
      Pauline

  • AP

    Je tiens à rendre un vibrant hommage à toutes les épouses, compagnes d’un militaire. J’ai effectué une longue carrière et dois une grande partie de ma réussite à mon épouse. Elle n’est pas la seule, j’englobe la majorité. Je dirais que nous vivons “notre passion” de façon égoïste. A l’époque nous partions souvent en manœuvre, 15 jours voir 3 semaines et cela plusieurs fois dans l’année. Qui s’occupait des enfants, de la gestion du foyer: l’Épouse, la Compagne. Ensuite est arrivé l’époque des OPEX. C’était 4 voir 6 mois. Parfois le départ a eu lieu en “coup de sifflet bref”, 48 voir 72h.
    Il faut gommer cette image “la femme fait partie de paquetage”. C’est vous que l’on doit décorer. Bien sur il ne faut retenir que les bons moments et souvenir. Je sais difficile parfois.

    • Doudette

      Merci AP pour votre message. Et votre soutien, reconnaissance.
      Femme de militaire depuis 10ans bientôt, j’ai connu le départ en urgence prévenu à 18.30 pour un départ à 3h du matin mais sans idée de durée alors qu’il partait 4mois après pour 6 mois d’opex, donc il est revenu 2 mois et reparti 6. On s’est vu 4 mois en 1an en pleine préparation de mariage alors que ce faisait quelques mois que nous avions emménagé ensemble. Ça renforce les liens quand ça ne les détruit pas. C’est une épreuve qui nous forge. Mais effectivement il n’y a pas que les Opex qui sont dures à vivre pour un conjoint de militaire. Une scolarité d’officier sur 1an avec des terrains et 2 enfants en bas âge c’est rude aussi. Puis la première mission avec enfants où on doit gérer les états d’âme de chacun tout en mettant les siens de côté pour quand on est seule et qu’on s’autorise de laisser la soupape faire ce qu’elle peut pour nous apaiser un peu. Et le départ en opex, où l’on s’est préparé ainsi que ses enfants et qu’on envisage normale mais où survient le confinement Covid-19. Et bien on se dit comme d’habitude c’est quand nos militaires partent qu’on doit affronter des tonnes de choses imprévues et les écarter du mieux possible mais non sans conséquences morales ou physiques …
      je prends votre décoration et effectivement on gardera les bons moments et bons souvenirs au dessus des moins bons.
      Belle continuation

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